samedi 19 juillet 2014

Lettre à mes objets perdus


Lettre à toi, jolie jupe blanche !

Toi qui me faisais la silhouette légère et frivole, je te cherche encore, mais je ne sais plus où.
T’oublier, je n’y arrive pas…
Tu étais de ces jupes légères qui me ravissent. Ton tissu immaculé et fluide me permettait tout. Tout t’allait…
Que le matin était facile avec toi, à mes côtés. Un rien t’habillait. Virevoltante sur mes jambes, dévoilant un genou parfois.
Il suffisait que je t’enfile pour me sentir belle, même irrésistible.
Un vrai fourreau…
Songe d’été ou de petite fille…

Tu me manques et tu me rends dingue. L’ignorance de ta présence me tourmente au plus haut des points. Tu ne peux pas me fuir.
Pas moi.
Je suis moche sans toi.
Mes petits hauts se languissent. Ils te veulent et moi, je n’arrive plus à les marier. Aucune de tes rivales n’est encore à la hauteur de ta classe.
J’ai pourtant chiné, retourné, pisté tout Bruxelles pour trouver celle qui te détrônerait. Pour trouver celle qui m’aiderait à … te mettre au placard de mes souvenirs.
En vain… Peine perdue… Je désespère.
Tu t’es évanouie dans la nature. Et je me sens sotte de t’avoir laissé t’égarer.
Comment as-tu pu échapper à ma vigilance ?
As-tu profité d’un instant de lâcher prise ?
Voulais-tu partager ton pouvoir d’épanouir avec d’autres pauvres silhouettes en détresse ?
Serais-tu la mère Térésa des jupes d’été ?
Ou bien, voulais-tu plutôt faire les quatre cents coups ?
Aller de fesses en fesses et me lancer le vent de ton infidélité à la gueule ?
Ou encore… pensais-tu avoir assez vu mon cul, subi sa pression et supporté les taches attirées par ta blanche virginité ?
Et te serais-tu reconvertie alors en drapeau de paix ?
En berne sur le pavillon de Médecins Sans Frontières de je ne sais quel pays où le sable imprègne tes fibres ?

Mes jambes t’ont servi d’entraînement. Mais je suppose que tu trouves ça plus vivifiant, plus noble de te faire fouetter par les embruns d’un désert stérile!
Je te trouve bien ingrate.
Je t’ai donné ta chance. J’ai hésité avec la même en orange. Je t’ai pourtant élue, toi, la blanche, lumineuse, pure et permissive. Je t’imaginais encore dans bien des scénarios, centre de mon attention. Toujours ravie de te redécouvrir à chaque printemps.

Mais … tout s’éclaire.

Tu es partie … Tu es partie avant que je ne te jette ou te mette sur une voie de garage.
Tu es partie…
Comme Marilyn, comme Dalida, comme Jim…
Juste à l’apogée…
Pour éviter la mise à l’écart…
Non… Je ne te trouve plus ingrate, je te comprends. Si bien…

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